Mercredi 6 novembre 2024, 4h du matin heure française (CET). Un pressentiment teinté d’inquiétude floue et lointaine m’extirpe d’un sommeil léger. Non, nous ne pouvons pas savoir… Pas si tôt. 4 années auparavant, le dépouillement controversé par le camp Républicain avait duré des jours entiers. Je décide de m’informer par un média fiable américain, sur lequel se dessine une carte bleue et rouge. Le rouge l’emporte indiscutablement. Jeeeezzz…Really ?? Le lendemain, mes élèves me demandent, « mais teacher comment Trump a-t-il été élu ? »

Les résultats de l’élection présidentielle en 2024:

Ils ne parlaient pas du mode de scrutin, que nous avions étudié la veille en cours, avec chacun d’entre eux, de la 6ème à la 3ème. Non, leur question était centrée sur une personnalité. Pour répondre de manière constructive à leur question, pour essayer de mettre du sens dans un chaos que n’aurait pas renié la littérature baroque, voici quelques éléments de réflexion, d’analyse, de réponses concernant, déjà, l’élection de 2016. Je reviendrai plus précisément sur 2024 lorsque nous aurons davantage de recul.

Cette vidéo en anglais explique comment le Président est élu de manière très pédagogue :

Ou cette vidéo en français issue de France 24:

Pour être honnête intellectuellement, je précise ne pas avoir utilisé de logiciel d’intelligence artificielle ni pour le contenu, ni pour les traductions de l’anglais vers le français.

La Constitution américaine, érigée en symbole de liberté et d’égalité de tous les citoyens face à la loi, la classe moyenne, les niveaux élevés d’éducation, la puissance du secteur privé semblaient constituer autant de remparts contre la chute du système démocratique. Chute que nous pouvons d’ailleurs observer à l’échelle mondiale depuis de nombreuses années.

De nombreuses démocraties sont tombées sous l’impulsion de coups d’État, notamment pendant la guerre froide : en Argentine, Brésil, en République Dominicaine, au Ghana, en Grèce, en Thaïlande, etc.  Souvenons-nous de ces images : ces démocraties se sont effondrées de manière spectaculaire, sous la puissance militaire et la coercition. Cependant, il existe une manière plus pernicieuse, presque invisibilisée pour mettre à mal une démocratie, mais tout aussi destructrice. Des systèmes démocratiques sont menacés suite à l’élection de présidents et premiers ministres élus « démocratiquement ». Ils subvertissent le processus qui les a menés au pouvoir. Rappelons-nous de l’instrumentalisation de l’incendie du Reichstag, le parlement allemand, par Hitler en 1933.  Plus fréquemment, les démocraties se sont affaiblies lentement mais sûrement, comme ce fut le cas au Venezuela lorsque Chávez fut élu président en 1998. Progressivement, le régime chaviste est devenu plus répressif après 2006, en fermant une grande station de télévision, en arrêtant ou exilant des politiciens, des juges et des personnalités médiatiques sur la base d’accusations douteuses.

Coup d’État en Argentine en 1976: après avoir écarté du pouvoir Perón, le nouveau gouvernement auto-proclamé instaura la loi martiale, la peine de mort contre ses opposants, nomina des juges acquis à leur cause, interdit les partis politiques et supprima la liberté d’expression des médias:

Les Etats-Unis possèdent deux normes (non écrites dans la Constitution) qui leur a permis de préserver l’équilibre des pouvoirs « checks and balances ». En premier lieu, l’acceptation réciproque, lorsque les partis politiques voient leurs adversaires comme des rivaux légitimes, ils respectent leur existence mutuellement, sans toutefois adhérer à leurs visions. En second lieu, la tolérance est -était ? – un garde-fou de la démocratie, lorsque les politiques font preuve de retenue dans l’utilisation de leurs prérogatives institutionnelles. Pour se prémunir des dictateurs en puissance, les pères fondateurs ont créé la Constitution de 1787 et le système électoral qui faisait élire un président pour la première fois au monde. Les pères fondateurs n’avaient pas totalement confiance dans le jugement du peuple pour évaluer la capacité des candidats à la présidence. Ils ont donc instauré le Collège Electoral avec le système d’élection indirecte inscrit dans l’article II de la Constitution. Nous l’avons compris, désormais ces garde-fous sont fragilisés depuis l’érosion des normes démocratiques, et ce, dès les années 1980.

Lorsque Barack Obama est devenu président en 2008, de nombreux Républicains ont remis en question sa légitimité et ont abandonné la « tolérance » au profit d’une stratégie plus agressive ; à savoir, gagner par tous les moyens, peu importe le prix, coûte que coûte.

Donald Trump a accéléré cela, mais ce n’est pas lui qui l’a inventé.  L’érosion des normes démocratiques vient d’une polarisation extrême de l’électorat : au-delà des différences politiques, c’est un conflit existentiel sur la notion de « race » et de culture. Les efforts entrepris par les Etats-Unis pour atteindre l’égalité entre tous, peu importe leur origine ou couleur de peau, ont engendré une polarisation accrue dans la société. N’oublions qu’il y a à peine une soixantaine d’années, les lois Jim Crow, qui imposaient la ségrégation raciale dans tous les services publics étaient encore en vigueur. Cette loi faisait suite à la ratification du XIIIème amendement qui a aboli l’esclavage en 1865, et avait pour objectif d’entraver les droits constitutionnels des Afro-Américains.

I/ L’influence de Newt Gingrich sur les Republicans

Le 16 mars 2016, le juge de la Cour Suprême Antonin Scalia meurt et Barack Obama souhaite nominer Merrick Garland, juge connu pour ses positions modérées. Depuis 1866, chaque fois qu’un Président avait proposé la nomination d’un juge à la Cour Suprême avant l’élection de son successeur, le Sénat avait suivi son avis. En 2016, pour la première fois dans l’histoire des US, le Senate, composé majoritairement de Républicains, a refusé de reconnaître l’autorité du Président dans ce domaine.

         Moins d’un an après, le juge conservateur Neil Gorsuch, a été nommé par Donald Trump. Il s’agit de la rupture d’une norme, non écrite mais communément adoptée.

         Cependant, Trump n’est pas le premier à rompre avec des normes établies.

Symbole du parti républicain:

Dès 1978, le candidat de Georgia au Congrès, Newt Gingrich, a obtenu le siège d’un district qui n’avait pas été aux mains des républicains depuis 130 ans. Sa vision de la politique, qu’il concevait comme une guerre à mener, était aux antipodes de celle des pontes républicains. Soutenu par un groupe de loyalistes, Gingrich a lancé une insurrection au sein de son parti afin qu’il adopte une approche plus combative. En premier lieu, il a utilisé une rhétorique plus abrupte, n’hésitant pas à qualifier le Congrès de « corrompu » et « malade ». Il remettait en question le patriotisme de ses rivaux démocrates. Il les a même comparés à Mussolini et les a accusés d’essayer de « détruire notre pays ». Steve Anthony, ancien leader du parti Démocrate en Georgia, a déclaré « Gingrich est allé tellement loin que sous le choc, nous n’avons pas su riposter pendant plusieurs années ». Ainsi, les premiers éléments de langage politique à l’encontre des adversaires démocrates ont été distribués sous formes de mémos avec un lexique négatif et péjoratif « pathétique, malade, bizarre, trahir, traîtres, etc. »  C’était le début d’un changement radical dans la politique américaine.

Même lorsqu’il est devenu Speaker de la Chambre des Representatives, Gingrich n’a pas abandonné sa rhétorique offensive.Il est devenu un modèle à suivre pour une nouvelle génération de législateurs républicans, particulièrement en 1994, lorsque le GOP* est devenu majoritaire dans la Chambre des Representatives pour la première fois en 40 ans. Une approche sans compromis possible a débuté. Par exemple, en 1995, les républicains de la Chambre des Representatives ont refusé de trouver des compromis pour faire voter le budget, ce qui a entraîné un « shutdown », la fermeture des services fédéraux pendant 5 jours et 21 jours en 1996 sous Clinton. Une autre arme à sa disposition, le recours au « filibuster », l’obstruction parlementaire est devenue une pratique très répandue à cette période, pour faire retarder une loi le plus longtemps possible. Cette approche sans pitié a connu son apogée en décembre 1998 pour faire voter la destitution de Bill Clinton, suite à deux affaires (la plus connue étant celle de Monika Lewinsky, la seconde étant l’enquête Whitewater  chargée de statuer sur la légalité des transactions immobilières impliquant Clinton et sa femme en Arkansas, lorsqu’il était procureur général de cet état).

Gingrich n’a pas créé cette polarisation, mais il a été le premier à exploiter le changement d’opinion de la population. À partir de ce moment, les personnes avec qui nous sommes en désaccord étaient qualifiés de mauvais et d’immoraux.

II/ Une polarisation exacerbée sous les deux mandats de Barack Obama

         Dans les médias conservateurs tels que Fox News, le candidat démocrate aux élections présidentielles Barack Obama a été qualifié de « marxiste, anti-américain, et musulman caché ». Ces chaînes de télévision ont utilisé une rhétorique prônant l’intolérance, reprise par les hommes politiques républicains. Steve King, membre du Congrès dans l’Iowa, a qualifié Obama d’’anti-américain » et a averti qu’il mènerait les US dans une « dictature totalitaire ». Bien qu’il n’ait pas utilisé de termes si radicaux, John McCain a choisi une colistière, Sarah Palin, qui n’hésitait pas à exploiter ce que les médias conservateurs répétaient dans leurs émissions. Lors de la campagne présidentielle, Palin a déclaré qu’Obama « a lancé sa carrière politique dans la salle à manger d’un terroriste » – « ce n’est pas un homme qui voit les US comme vous et moi voyons les US »… ce  à quoi les foules répondaient :« Trahison ! », «  terroriste « , et même « tuez-le ! »

         En 2008, la victoire d’Obama laissait espérer le retour à un mode de communication plus courtois, civilisé en politique. Le nouveau President Elect a confié son admiration pour John McCain, qui avait servi son pays de manière héroïque. En retour, dans un discours prononcé en Arizona, McCain a décrit Obama comme étant un homme bien qui aimait son pays et lui souhaitait bonne route « Godspeed ». Lorsque McCain a mentionné Obama, la foule l’a hué massivement.

         Au début de son mandat, la légitimité d’Obama a été remise en question par des éditorialistes conservateurs, des personnalités apparaissant dans des talk-shows, des présentateurs et des blogueurs. Ils se sont ensuite organisés et regroupés au sein d’un mouvement politique : le Tea Party, quelques semaines après l’investiture d’Obama.  Le nom de ce mouvement fait référence au Tea Party de Boston, révolte politique précédant la guerre d’indépendance américaine contre la monarchie britannique au XVIIIème siècle. Officiellement, le Tea Party défendait les priorités conservatrices telles que : limiter le champ d’intervention de l’Etat, des baisses d’impôts, le refus de la réforme de la sécurité sociale pour tous. En filigrane, ils remettaient en question le droit d’Obama d’être Président des US en 1) prétendant qu’il représentait une menace pour la démocratie « you don’t believe in the Constitution ». et 2) qu’il n’était pas un « vrai américain ». Cette allégation n’émanait pas seulement des activistes du Tea Party, mais également des hommes politiques Republicans.

         Avant cela, le « birther movement » initié par les Republicans est allé plus loin, affirmant que Barack Obama n’était pas né aux Etats-Unis, ce qui remettait en question son droit à se présenter à l’élection présidentielle. Pour devenir président des US, la Constitution prévoit 3 conditions : a) être né(e ) aux US ; b) avoir 35 ans au moins et c) avoir habité aux US pendant 14 ans au minimum. L’utilisation de cet argument lors des meetings de campagne s’avérait fructueux pour les Republicans car il suscitait l’enthousiasme et l’adhésion de la foule. Le plus célèbre des « birthers » s’appelait… Donald Trump et ce, dès le printemps 2011 car il convoitait une candidature aux élections présidentielles de 2012. Trump émettait des doutes quant à la nationalité d’Obama « je connais des gens qui font des recherches et ils n’arrivent pas à croire ce qu’ils découvrent ». Face à ces accusations, l’équipe de Barack Obama a publié son certificat de naissance, mais ses détracteurs ont déclaré qu’il s’agissait d’une contrefaçon. Selon un sondage commandé par Fox News en 2011, 37% des républicains croyaient que le Président Obama n’était pas né aux US et 63% émettaient des doutes sur ses origines.

         Dès lors, la position radicale des Republicans a entravé les processus démocratiques pour faire voter les lois. La première proposition de loi s’avérait à première vue inoffensive et transpartisane en janvier 2009 : « Public Land Management Act », une mesure de conservation de la nature s’étendant sur 1 million hectares dans 9 états. Les Republicans lancèrent un message puissant en obstruant cette proposition de loi au Senate.

         Cette position est devenue récurrente à partir de 2008 : 385 filibusters furent initiés entre 2007 et 2012 – ce qui correspond au nombre de filibusters déployés durant 7 décennies, entre la 1ère Guerre Mondiale et l’administration Reagan qui prit fin en 1989.

Vidéo éclairante sur les filibusters:

         Afin de contrer les filibusters, les Démocrates répondirent en rompant avec les normes établies, en faisant usage des décrets présidentiels : « executive orders ». En voici quelques exemples :

  • Sur l’énergie : le projet de loi resserre les normes de consommation de carburant des voitures 
  • Immigration : cesser la déportation d’immigrants illégaux qui se rendent sur le sol américain avant l’âge de 16 ans et qui étaient à l’école ou diplômés de l’enseignement supérieur ou des vétérans militaires
  • Changement climatique : réduire les émissions de gaz à effet de serre et utiliser davantage d’énergie renouvelable
  • Adoption d’un traité sur le nucléaire avec l’Iran

Sans agir au-delà des prérogatives prévues par la Constitution pour faire passer des lois bloquées par le Congrès, le Président Obama a toutefois violé la norme de tolérance, appelées en anglais « forbearance », en vigueur entre les partis politiques.

         En réponse à ces décrets présidentiels, les républicains ont adopté une position draconienne lors de trois évènements majeurs :

  1. La crise de 2011 sur le plafond de la dette fédérale. Si les législateurs n’acceptent pas d’augmenter ce plafond, les US se retrouveraient en cessation de paiement. Entre 1960 et 2011, ce plafond a été augmenté 78 fois ; à la fois sous des gouvernements républicains et démocrates. En revanche, lorsque des membres du Tea Party ont pris le contrôle du Congrès en 2011, leur position radicale a occasionné de nombreux dommages. Les marchés ont répondu de manière négative et la note attribuée aux crédits US a été dévaluée.
  2. Concernant sur l’accord sur le nucléaire avec l’Iran, 47 sénateurs républicains ont rédigé une lettre ouverte aux hommes politiques iraniens, pour leur signifier que le Président Obama n’avait aucune autorité pour négocier un accord sur le programme nucléaire de leur pays. Les sénateurs souhaitaient que cet accord soit fondé sur la base d’un traité et non d’un décret présidentiel. Ils sont intervenus dans les négociations diplomatiques, qui était le domaine réservé à l’exécutif en pratique.
  3. Le refus du Sénat d’accepter la nomination de Merrick Garland en tant que juge de la Cour Suprême, sur proposition d’Obama.

Quel était le profil des électeurs démocrates ? La coalition du New Deal des libéraux, la 2e et 3e génération d’immigrants catholiques, des Afro-américains, des conservateurs blancs des états du sud. 

Le profil des républicains se composait de libéraux du nord-est aux conservateurs du mid-ouest et de l’ouest. Les chrétiens évangéliques appartenaient aux deux partis.  Donc les deux partis se caractérisaient par l’hétérogénéité de leur électorat.

L’immigration et le droit de vote des minorités ethniques ont considérablement modifié les partis politiques aux US. Ces nouveaux électeurs ont voté en faveur des démocrates en majorité et les chrétiens évangéliques se sont tournés vers les républicains à partir de la fin des années 1970. Ils se sont impliqués en politique suite à la décision de la Suprême Court de 1973 Roe v. Wade qui légalisa l’avortement.

III/ L’ascension de l’outsider Trump en 2015-2016

Après la guerre du Vietnam, le système des primaires était particulièrement vulnérable à tout type d’outsider : les individus possédant assez d’argent ou de popularité pour passer outre la « primaire invisible », en d’autres termes, les célébrités. Nous pouvons citer Buchanan, un présentateur TV, ou Robertson, un « télé-évangéliste » et partisan républicain du nationalisme blanc, qui avaient un accès privilégié aux médias de masse dans les années 1980-90. Même s’ils n’ont pas emporté la nomination républicaine, leur richesse et leur statut de célébrité leur ont permis de devenir candidats. Jusqu’en 2015, il n’y avait aucune raison de penser que cela évoluerait. Pour remporter la nomination du parti républicain, Trump devait participer à d’innombrables caucuses* et primaries* contre seize candidats. Il ne pouvait pas compter sur le soutien de l’establishment, il n’avait pas d’expérience politique et avait oscillé entre le parti démocrate et républicain au cours de sa vie (il avait même soutenu la campagne d’Hillary Clinton au Senate !) Même lorsque les intentions du vote populaire ont déferlé en sa faveur, peu de monde a pris sa candidature au sérieux.

En 2016, les évangéliques blancs ont voté à hauteur de 76% pour Trump ; alors qu’ils avaient plutôt tendance à voter pour les républicains dans les années 60.

Les facteurs culturels et sociaux ont joué un rôle majeur dans l’élection de Trump. Contrairement au parti démocrate, dont l’électorat s’est diversidié au cours des dernières décennies, le GOP est resté culturellement homogène. C’est important de le garder à l’esprit car le cœur de leurs suffrages provient des protestants blancs (les WASPS) et ils ne sont pas uniquement présents dans une seule circonscription : pendant presque 2 siècles, ils représentaient la majorité des électeurs américains et dominaient politiquement, économiquement et culturellement les US. De nos jours, ils ne constituent qu’une minorité de l’électorat, d’où leur sentiment de perte de vitesse et leur attrait vers les slogans de campagne « Make America Great Again », « Take our Country Back ».

         Le monde a changé : ce qui empêchait des personnes issues de la société civile d’emporter la nomination d’un parti a volé en éclat :

  1. L’augmentation des financements venant de l’extérieur des partis. Les candidatures considérées comme « marginales » de Bernie Sanders, Michele Bachman, Howard Dean peuvent lever des sommes d’argent considérables, grâce à des investisseurs milliardaires ou des appels aux dons, même modestes, sur Internet.
  2. L’explosion des médias alternatifs, venant des réseaux sociaux. Auparavant, il était indispensable d’apparaître sur les chaînes de télévision les plus plébiscitées, qui mettaient en avant les politiques issus de l’establishment par rapport aux extrémistes. En revanche, le nouveau paysage médiatique a facilité l’acquisition de notoriété et le soutien du public du jour au lendemain pour des célébrités. Cela s’est avéré très favorable aux Républicains avec l’émergence de Fox News et des animateurs de talk-shows tels que David Frum, qui ont « radicalisé » les électeurs conservateurs.
  3. Trump a utilisé les médias traditionnels pour lancer des théories controversées, voire complotistes. Il a de fait bénéficié gratuitement d’une exposition médiatique dans les médias équivalente à 2 milliards de dollars : sur MSNBC, CNN, CBS et la NBC qui ont cité son nom deux fois plus souvent qu’Hillary Clinton.

Les républicains ont assisté, impuissants, aux victoires successives de Trump, lors du Super Tuesday* notamment.

          Il n’est pas possible d’anticiper précisément comment se comportera un président qui n’a jamais exercé de fonction publique auparavant. Cependant, il est souvent possible de déceler si des présidents ne respecteront pas la démocratie, avant qu’ils ne siègent officiellement.

  1. Remise en question des règles du jeu démocratique. Avant d’être élu, Trump a insisté sur le fait qu’il remettrait en question la procédure de l’élection en 2016 et qu’il pourrait ne pas accepter les résultats. Les niveaux de fraudes électorales sont très faibles aux US, et parce que les élections sont organisées par chaque état, au niveau local, il est impossible de coordonner la fraude électorale au niveau national.
  2. Refuser de reconnaître la légitimité de son opposant. Trump a qualifié Clinton de « criminelle » et a déclaré à plusieurs reprises qu’elle « doit aller en prison ». Il a également suggéré qu’Obama était musulman et ses sympathisants ont déclaré qu’il était donc « non-américain ».
  3. Tolérer ou Encourager l’utilisation de la violence : Trump a encouragé ses sympathisants d’agresser physiquement les manifestants, il a proposé de régler les frais d’avocat lors d’un metting de campagne à Fayetteville, en Caroline du Nord.
  4. Limiter les libertés civiles de ses opposants, y compris les médias

Pour conclure, les américains ont placé à la tête du pouvoir Barack Obama le « retrencher » en 2008, affirmant une politique défensive (désengagement au Moyen-Orient, volonté de réduire les coûts militaires) et offensive sur le terrain économique et diplomatique. Il est l’incarnation (colossale, écrasante pour un seul être humain ?) de la réconciliation de plusieurs mondes, qui n’a semble-t-il pas pu advenir. Certains lui reprochent de n’avoir jamais adopté publiquement la dimension métaphysique de l’exceptionnalisme américain, comme le firent ses prédécesseurs Ronald Reagan et George W. Bush. La Providence aurait choisi les Etats-Unis pour mener à bien une mission : devenir le refuge de peuples opprimés et rendre le monde plus juste, plus démocratique et plus libre. La Providence aurait-elle changé de camp 8 ans plus tard, en 2016 ?

Lexique :

*caucuses : un meeting de campagne au sein d’un parti politique dont l’objectif est de voter pour désigner le candidat/ la candidate d’un parti

*primaries : l’élection interne dans un parti politique, à l’échelle d’un état, pour désigner le candidat à une élection

*Super Tuesday: un mardi du mois de mars pendant l’année de l’élection présidentielle, lorsque de nombreux états votent simultanément

*GOP : Grand Old Party = Surnom du Parti républicain

*WASP : ce n’est pas seulement une guêpe… ! c’est aussi l’acronyme de White Anglo-Saxon Protestant, constituaient l’élite de la nation américaine, ils descendent des colons britanniques

Sources:

How Democracies Die, Steven Levitsky & Daniel Ziblatt. Ed.  Broadway Books, 2018

Cours de civilisation américaine de l’Université de Paris Nanterre

The Obama Presidency (2009-2017), Alix Meyer. Ed. Belin Education, 2019

Britannica : The Birther Movement

https://encyclopediaofarkansas.net/entries/whitewater-scandal-4061/#:~:text=%E2%80%9CWhitewater%E2%80%9D%20was%20the%20popular%20nickname%20for%20a%20series,him%20the%20second%20U.S.%20president%20to%20be%20impeached.

Stéphanie Sensacq

And one last:

Leave a comment